Midi Bascule

S3E15 Intégrale - Identités en chantier

Qu’est-ce qui nous définit? Le genre, l’origine ethnique, la religion ou encore la profession font partie des éléments qui forment notre moi social.

Forger son identité

Quand on décide de suivre telle ou telle formation, on agit et on prend position dans le monde. Idem lorsque l'on fréquente ce groupe d’amis-ci, plutôt que celui-là. Chaque expérience de vie donne à l’individu autonome l’occasion de forger son identité propre. Mais si les choix sont les nôtres en apparence, les effectue-t-on vraiment en toute liberté et en connaissance de cause? Les enseignements reçus n’étant pas neutres, certaines personnes les remettent en question et entrent alors en déconstruction. D’autre part, lorsque les alternatives n’existent pas, comment refuser les modèles? Dans une société basée, par exemple, sur la binarité de genre, comment faire si l'on ne se reconnaît ni dans le masculin, ni dans le féminin? Ou au contraire, que l'on se sent appartenir à l’un et à l’autre en même temps? Lorsque l'on réalise le peu de latitude que l'on a, on peut vouloir se défaire de l’héritage de nos ancêtres. Mais face à une société remplie de normes et de règles, comment se rebeller sans finir reclus?

Un système de genre

Loïc Valley est improvisateur, comédienne, metteur en scène et enseignante de théâtre. Non-binaire, iel revient sur son parcours personnel et artistique. Faute de modèles queer durant son enfance, hormis quelques antagonistes de dessins animés, c'est plus tard, en discutant avec son entourage, qu'iel comprendra son propre rapport au genre.

Le genre, c'est un grand jeu auquel beaucoup de gens jouent. Je comprends les règles, mais ne suis pas d'accord d'y jouer.

Face à l'emballement médiatique autour de ces questions, Loïc Valley explique qu'une personne trans ou non-binaire politise son identité, parfois à contrecœur. Et si certains et certaines ne se sentent pas impliqué·e·s, le genre en tant que système concerne pourtant tout le monde, explique l'artiste.

Représenter pour dénoncer

Candice Savoyat partage son expérience théâtrale du spectacle Désobéir de Julie Berès, qui explore la construction d'identité de femmes issues de l'immigration. Kevin Keiss, auteur et dramaturge, a co-écrit avec celle-ci, ainsi qu'avec Lisa Guez et Alice Zeniter, la pièce La Tendresse, qui parle de masculinités au pluriel. Travaillant ensemble à l'écriture depuis une dizaine d'années, les dramaturges explorent l'effacement des auteur·rice·s au profit de l'oralité. Un travail long et immersif précède l'écriture, entre rencontres, recherches et lectures. Si la violence de certaines scènes et des réactions de certains personnages peut décontenancer, Kevin Keiss explique que

Pour dénoncer la misogynie, il faut aussi la représenter.

Loïc Valley rebondit sur la question de la représentation de la violence dans l'art:

Si on veut faire société, on doit aussi composer avec la parole des oppresseurs.

Quant à José Lillo, il profite de l'évocation de la tendresse pour déclarer sa flamme à Davos.

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Émission diffusée sur Radio Vostok en direct du Service de la culture de Meyrin, le 19 janvier 2024
Publiée le 19 janvier 2024
Crédits photo: La Tendresse

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